Ecce Hommo

I - BIOGRAPHIE de LOUIS - CLAUDE  de SAINT - MARTIN :

 

Louis-Claude de Saint-Martin est né le 18 janvier 1743 à Amboise.

Il meurt à l’âge de 60 ans à Chatoyant près de Paris en 1803.

Orphelin de mère à 3 ans, il en trouve une qui s’avérera magnifique : il a 6ans.

Licencié en  droit à la Faculté de Paris, il s’engage bien vite dans l’armée de 1765 à 1771.

Puis il rejoint le régiment de Foix et tint garnison à Bordeaux.

C’est là que son destin bascule : il rencontre M. de Grainville, affilié aux Elus Cohens de Martinés de Pasqually qui sera son premier maître.

Vers 1765, il reçoit en même temps les trois grades symboliques, mais ; il s’agit sans doute des grades cohens dits du Porche :

« les 3 grades du Porche, je les ai reçu tous trois à la fois, mais je ne sais si cela vaut mieux. C’est le maître de Balzac qui me les conféra ». ll s’agit de Baudry de Balzac.

A la fin de l’année 1768, il est reçu Commandeur d’Orient et le 17 avril 1772, il est élevé Réau-Croix. Il est reçu CBCS en 1785 sur les instigations de Willermoz, puis Profés et Grand Profés. Mais dès 1777, il commence à se détacher de la franc-maçonnerie de plus en plus matérialiste et athée :

« Tout le régime maçonnique devient pour moi chaque jour plus incompatible avec ma manière d’être et la simplicité de ma démarche » écrit-il au frère de J.B.Willermoz. Et le 4  juillet 1790, il demande à être rayé des registres maçonniques.

Il restera fidèle à Martinès de Pasqually qui, dit-il, « avait la clef active » de tout « ce que notre cher frère Boehme expose dans ses théories ».

C’est en effet sa chérissime Charlotte de Broecklin qui lui fait découvrir les ouvrages du « cordonnier de Görlitz » né en Silésie en 1575.

La première remarque que l’on pourrait faire c’est que Louis-Claude de St-Martin est devenu professeur alors qu’il avait 50 ans, à la 1 ère Ecole Normale supérieure de Paris, après avoir suivi des cours de formation. Las de lutter contre les doctrines matérialistes de l’Université et les théories sensualistes de Condillac, il en partira.

Sait-on également qu’il était violoniste et qu’il s’intéressa suffisamment à l’harmonie pour écrire : « La Lettre sur les rapports de l'harmonie avec les nombres », (cf. annexe).

Mais ce qui est digne de remarque et qui passe souvent inaperçu, c’est qu’au cours de ses voyages et notamment  à Londres et à Strasbourg, St-Martin aurait été  initié ou affilié par les soins de Rodolphe de Salzmann, à un Ordre des Philosophes inconnus, fondé en 1643 et issu des Frères d’Orient, ordre initiatique fondé créé à Constantinople en 1090 sous le patronage de l’ Empereur Alexis Comnène. Jean-Piere Bayard (1) rapporte que Khunrath et Jacob Boehme auraient également appartenu à cet Ordre « lui-même issu des corporations byzantines de bâtisseurs qui existaient au IV siècle de notre ère, mais dont l’origine est plus ancienne car elles se reliaient aux collèges sacerdotaux et aux associations des métallurgistes du Sinaï au X siècle avant le Christ ». Ce même ordre des Philosophes inconnus se serait manifesté en France, en 1646, (l’année d’ailleurs où curieusement, Elias Ashmole est initié à la franc-maçonnerie en Angleterre !). C’est de cette filiation que se réclamera Papus !

La philosophie des frères d’Orient repose sur la doctrine de l’Unité et la Loi de retour que Matgioi évoque à propos des actions et réactions concordantes décrites dans le Taoïsme :

 « …la vibration ondulatoire, après avoir impressionné tout l’océan psychique, revient au lieu même où elle naquit… ».

Et ce retour n’évoque t-il pas cette réintégration dans  l’Unité perdue qui est précisément le

thème de ce livre ?

 

 

 

(1) Symbolisme maçonnique traditionnel, Tome II : Hauts Grades et rites anglo-saxons.

II - LA PERSONNALITE DE LOUIS CLAUDE de SAINT MARTIN :

 

Mais qui est donc ce théosophe qui prône un christianisme spirituel, une Unité transcendante  de toutes les religions et qui constituerait le culte universel  qui  « ne sera plus susceptible d’être infecté par le trafic du prêtre » (lettre sur la révolution). Cette théosophie-là n’a rien à voir avec le futur théosophisme syncrétiste, imprégné de bouddhisme. 

Nous allons la découvrir en analysant la personnalité de son auteur qui fut un frère.

Grâce à la typologie tirée de l’ennéagramme,  nous pouvons dire qu’il incarne assez bien le type 1 qui représente l’Unité et qui  garde toute sa vie la nostalgie de la perfection, du Paradis perdu : aussi,  travaille-t-il à la retrouver en dénonçant les obstacles chez lui-même et les autres ainsi que la paresse de ceux qui ne font pas d’efforts, avec une certaine intolérance, un dépouillement mystique et de l’austérité. Car la volonté est l’instrument de la rédemption.

 

III - LE THEME D’ECCE HOMO :

 

C’est précisément là, le thème d’ECCE HOMO, ce retour au Principe de l’homme déchu. L’initiation commence à ce moment précis où l’on fait demi-tour, comme l’évoque la racine indo-européenne queles, à propos du labour. Lamartine ne dit-il pas dans un de ses poèmes dédiés à Lord Byron :

 

« L’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux ».

 

Théosophe, mystique se réclamant plus de la voie cardiaque que de la Théurgie dont il ne niait cependant pas la réalité objective, il se dresse dans ECCE HOMO avec un certain mépris contre les occultistes mais aussi contre ceux qui évoquent les puissances supérieures car c’est par la prière que l’on peut communiquer avec les esprits supérieurs. Ecoutons-le :

 

« Pour nous faciliter notre union avec les agents intermédiaires qui sont nos amis et nos conducteurs, je crois qu’il faut une grande pureté de corps et d’imagination ».

Il blâme « toutes ces extraordinaires manifestations dont les siècles ont été inondés »        (p. 63).

Il s’affirme l’ « irréductible adversaire de ce que l’on appelle les sciences occultes »,

qu’il faudrait peut-être distinguée de la Science occulte, celle des Lois d’Hermès qui figurent dans « La Table d’ Emeraude ».

 

 

IV - SITUATION D’ECCE HOMO dans sa vie :

 

Ce livre s’adresse à la duchesse de Bourbon chez qui il séjourna, comme en témoigne cet extrait d’une lettre du 8 juin 1792, adressée en pleine tourmente révolutionnaire à son ami intime, Nicolas-Antoine Kirchberger : « Si vous me faites l’honneur de m’écrire, monsieur, vous pouvez m’adresser vos lettres chez madame la duchesse de Bourbon, à Paris […] ». Or, c’est à l’Elysée que demeure Louise-Marie de Bourbon qui s’est rangée du côté des révolutionnaires. C’est donc là que va loger le Philosophe inconnu de 1792 et 1797 !

Ecce Homo paraît  en 1792, deux ans après « L’Homme de désir » ; il a 49 ans. Il  a déjà publié à 32 ans un livre qui ne se trouve plus dans le commerce et qui vaut entre 326 euros et 1050 euros : « Des Erreurs et de la Vérité » ; il le rédige alors qu’il vit chez le frère Willermoz de 1773 à 1774. Cet ouvrage sera mis à l’index  par la papauté. Il a aussi publié le « Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’homme et l’univers » ; il a 39 ans.

V - ANALYSE DU LIVRE :

 

Remarquons que nous ne nous limiterons qu’à ECCE HOMO, nous réservant ultérieurement

l’approche globale de son œuvre.

 

 A - la grille de lecture des 9 chapitres :

 

Ce chiffre correspond-il à un plan que l’on pourrait retrouver dans :

- les ennéades ?

- la  kabbale ?

- le tarot ? car son ouvrage sur « Le Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu,      l’Homme et l’Univers » serait basé sur les lames de ce jeu initiatique.

Cependant nous allons voir que Louis-Claude de St-Martin ne s’attachait pas à la forme de ses écrits pas plus qu’à des préoccupations esthétiques.

Par contre nous retrouvons le symbolisme du neuf au 3 ème degré du R. :E. :R. :

« Ternario formatus, nonenario dissolvitur » : (Formé par le ternaire, il est dissous par le nonéaire).

Par conséquent,  le symbolisme du neuf n’est pas fortuit : ennéa en grec, veut dire neuf et à donner ennéagramme. Le docteur Allendy  résume ainsi le symbolisme de ce nombre : « L’extrême multiplicité faisant retour à l’unité ; la solidarité cosmique ; la Rédemption ; la Réintégration finale ». Rappelons que Jésus expire à la neuvième heure. Madame Blavatsky lui fait correspondre la perte de la personnalité par l’amour universel. Enfin, pour L.C. de St.Martin, le neuf  est le nombre de « l’anéantissement de tout corps et de la vertu de tout corps ».

 

B - la sémantique propre à l’auteur :

 

La forme : l’obscure clarté qui se dégage de son livre est délibérée et rappellerait celle d’  « Héraclite l’obscur ».

Non seulement il nous en avertit dans la préface de son Livre « missionné » : « Des erreurs et de la vérité », puisqu’il « enveloppe cet écrit souvent d’un voile » et qu’il nous dit précisément : « On s’apercevra facilement, en lisant ces réflexions, que je me suis peu attaché à la forme… ». Mais il dit clairement dans le Ministère de l’Homme-Esprit, qu’il abjure toute gloriole d’auteur et renonce à l’émotion esthétique, s’opposant ainsi au Génie du Christianisme de Chateaubriand qu’il rencontrera à la Vallée-aux-Loups en janvier 1803, peu de mois avant sa mort. Il lui reprochera d’ailleurs de « confondre à tous les pas le christianisme avec le catholicisme » et d’altérer la Parole divine par son œuvre :

 

« Ce n’est point pour apprendre aux hommes à faire des poèmes, et à se distinguer par de charmantes productions littéraires, que la parole est venue dans le monde ; elle y est venue, non pas pour faire briller l’esprit de l’homme aux yeux de ses semblables, mais pour faire briller l’esprit éternel et universel aux yeux de toutes les immensités ».

 

Or, ce qui peut sembler paradoxal, c’est qu’il loue la poésie, dans « Des erreurs et de la vérité ». Pour lui, c’est « la plus sublime des productions des facultés de l’homme, celle qui le rapproche le plus de son principe, et qui par les transports qu’elle lui fait sentir, lui prouve le mieux la dignité de ses origines ». Mais ce qu’il faut bien comprendre c’est que pour lui, « c’est dans une telle poésie que nous pouvons voir l’image la plus parfaite de cette langue universelle que nous essayons de faire connaître » et « c’est une profanation de l’employer à la louange des hommes... »

Il refuse les citations pour n’apporter que des témoignages.

Le titre de son livre est tiré de l’Evangile de St Jean, lorsque Ponce Pilate, chevalier romain, gouverneur de Judée, présente Jésus aux Juifs et leur dit : « ecce homo » : ecce est en latin un adverbe signifiant voici, voilà, tout à coup. Homo, signifie homme ; par conséquent le sens de ce titre est : voici l’homme.

C’est aussi le nom d’un tableau représentant le Christ vêtu de pourpre et couronné d’épines.

Dans le langage courant c’est un homme pâle et maigre.

« Ecce Homo » revient comme un leit motiv dans les 9 paragraphes de son ouvrage, de même que l’expression : « principe des Ténèbres ».

Précisons que« l’Homme de désir » va devenir « un Nouvel Homme » puis « un Homme-Esprit »par opposition au profane,  « l’Homme de torrent ».

 

C -  La composition de l’ouvrage en neuf chapitres :

 

I – Axiomes :

 

 « Dieu et l’homme sont des êtres vrais qui peuvent se connaître dans la même lumière et s’aimer dans le même amour ».

De là « l’irrécusable analogie » inverse entre l’homme et Dieu : l’un est un médium, un intermédiaire  relatif, « une image réduite » de l’absolu.

«  L’homme paraissant placé sous l’aspect de la divinité même, s’annonce assez comme destiné à la réfléchir directement et, par conséquent, à nous la faire connaître toute entière ».

Par ces propos, Louis-Claude de Saint- Martin se révèle théosophe.

 

II – Dépositions de l’homme :

 

1 ère : l’homme est une sainte et sublime pensée de dieu sans être la pensée de Dieu : de là son essence indestructible.

2 ème : Il en résulte que Dieu aime les hommes en aimant sa pensée ;

3 ème : si l’homme est une pensée de Dieu inversement nous ne pouvons nous lire qu’en lui.

4 ème : l’homme a conscience de ce qu’il devrait être et qu’il n’est pas ;

5ème: les vérités intérieures  sont plus profondes que les vérités géométriques :

(esprit de finesse et esprit de géométrie) ;

6 ème :

- 1 ère époque : l’âge d’or qui précède la séparation.

- 2 ème époque : elle nous permet de soupçonner la 1 ère. Le mal est la chute de l’homme et son« abstraction du règne de l’universalité » ;

Il est important de sonder cette analogie, ses rapports avec Dieu grâce aux signes car nous sommes les témoins de cette Divinité.

La perte de notre « glorieuse destination » qui est comme un trésor dont nous avions la garde et que nous avons toujours en nous malgré une dégradation dont il explore les suites et non la cause.

 

III – Le sens du titre :

 

L’homme, par abus de ces privilèges offre une image dégradée, avilie et inverse de ce qu’elle fut : ce qui nous vaut ce titre insultant  et dérisoire d’Ecce Homo : voilà l’homme « et que ce titre aujourd’hui si insultant pour nous, nous couvrit d’opprobre et d’humiliation… »

L’homme est comparé à un enfant malade qui offre un visage souriant devant un hochet.

Ce n’est que justice divine.

La prise de conscience de cet état de dégradation et de ses conséquences serait le départ de notre régénération.

Mais l’homme corrompu ne fait pas la relation  de cause à effet et cache ses défauts et ses mensonges.

De là l’image de l’homme mutilé qui se prétend beau avec la complicité du prêtre, du philosophe, de l’orateur, du législateur.

 

IV – Apparition de «  l’esprit des ténèbres » et de deux catégories d’individus :

 

- l’homme extérieur,

- l’homme intérieur.

 

L’état primitif s’accompagnait de  connaissances supérieures.

Le nom d’Ecce Homo suppose le dénuement indispensable à la réconciliation.

Les vérités supérieures ne sont plus entendues.

Le sage doit chercher en lui-même avec un cœur d’enfant, l’homme corrompu hors de lui.

Le « principe des ténèbres » nous détourne.

« Notre œuvre est que Dieu en nous soit tout, et nous rien ».

 

V – «  l’homme est à l’image et à la ressemblance de Dieu » : il est son image inversée, semblable et dissemblable. Cela évoque le symbolisme du miroir qui pourrait renvoyer par réfraction, la lettre G éteinte au RER : elle sesuperposerait alorsderrière notre propre image dans le miroir ! Les lois  et les ordonnances de la Sagesse suprême rappelle l’Homme-Archétype à son état d’avant la chute car « ce fleuve de l’amour divin, dans lequel nous avons puisé la naissance, ne peut jamais cesser de couler pour nous régénérer en lui ».

Le « crime primitif » et ses « prévarications » (faire des crochets, s’écarter du droit chemin ; de varus : tourné au dehors, cagneux), sont rachetés par la mort de « l’homme réparateur ».

L’homme doit combattre :

 

-          sa propre infirmité,

-          le principe des ténèbres.

 

VI – Les missions fausses, spirituelles, naturelles : ne pas transposer les époques et projeter les prophéties juives à notre époque :

 

(Il oublie la métahistoire des prophéties historiques juives.)

Il dénonce l’idolâtrie qui repose sur la sensibilité, notre amour, nos vertus et nos lumières ; « l’uniformité des œuvres » du principe des ténèbres. 

« Un feu vivant opère dans le silence ».

Les signes qu’il dénonce :

 

1°) Les hommes faussement missionnés brillent alors que les vrais prophètes sont outragés et suppliciés. Ainsi parle le réparateur !

 

2°)  la mission du réparateur devrait être le prototype de toutes les vraies missions, ce qui n’est pas le cas lorsqu’elles localisent sur terre le foyer des grâces divines ; les règles humaines et monacales sont puériles.

 

3°) les femmes s’y prêtent malheureusement et dominent les hommes dans ces missions.

4°) s’octroyer un nom nouveau que tout le monde va connaître, alors que nom inscrit sur « la pierre blanche » doit rester secret, comme il est dit dans l’Apocalypse.

Dans ce chapitre, Louis-Claude de Saint-Martin en dénonçant les règles humaines puériles,

nous laisse percevoir son goût pour la théocratie sous-tendue par la Tradition. Ne dit-il pas dans l’Homme de désir : « Est-ce à l’homme à être législateur ? Et n’est-il pas par sa nature le simple ministre d’une loi qui ne peut lui être supérieure qu’autant qu’elle ne vient pas de lui ?».

 

Faut-il voir dans cette théocratie un organigramme divin reposant sur l’arbre séphirothique, sur des lois « divino-sociologiques », pour reprendre l’expression de Pierre Mariel, assurant la permanence de principes éternels contenus dans les temples maçonniques et qu’il suffit de projeter dans le temple social quel que soit le régime politique afin de le mettre au service

de chaque individu ! Ne fait-il pas écho au Notre Père : « Que ton règne vienne … » ?

 

C’est ainsi que Gattefossé l’expose dans son précieux livre : « la République des anges » :

 

-          La triade transcendante comprend : les fondements spirituels et éthiques (plan divin, arbre de vie) :

 

 

                                                              Justice   

                                                        
   

                                     Amour                                  Science

 

 

-          La triade intermédiaire comprend : l’organisation sociale et les moyens de gouvernement, (plan céleste) :

 

                                                

                                                       Puissances  

                                                         

                                    Autorité                           Exécution

 

 

                                                       

-          La 3 ème triade, toute matérielle, comprend : les réalisations actives de l’individu (plan terrestre, arbre du bien et du mal):

 

                       Permanence des lois                           Collectivités

 

 

 
 

 

 

 

 

                                                            Protection

                                                                  

                                                             Individu

COLONNE DU POUVOIR                                   COLONNE DE LA COMPETENCE

VII – Le principe des ténèbres ralentit notre œuvre de résurrection en flattant notre amour-propre :

 La simple conquête des lumières est insuffisante. Il faut une véritable soif, un désir impérieux de renaître qui nous appelle vers le dépassement et le meilleur de nous.

Il s’agit d’échapper à la 1ère mort et à la seconde.

 

VIII – La clef divine doit ouvrir l’âme de l’homme.

Mais il faut se tenir à l’écart des prédictions, des faux prophètes et des faux missionnés.

L’homme est en prison sur terre.

Il ne doit pas faire confiance aux voies abusives des nations pas plus qu’aux « ministres de la religion », entrepreneurs de démolition de l’Eglise : ils ne connaissent plus la clef des Ecritures saintes ; citant Isaïe : « ils ont donné au mal le nom de bien, au bien le nom de mal, aux ténèbres le nom de lumière, à la lumière le nom de ténèbres » ; ils sont trompeurs et, sur quatre pouvoirs :

 

-          connaître les mystères du royaume de Dieu,

-          guérir les maladies,

-          opérer la Cène du Seigneur,

-          remettre les péchés,

ils ont conservé les deux pouvoirs invisibles des fondateurs, alors que les deux visibles « auraient commandé la foi des peuples ».

Louis-Claude de Saint-Martin suggère par ses propos une église intérieure, un christianisme transcendant qui est un hermétisme chrétien :

« Le christianisme appartient à l’éternité, le catholicisme appartient au temps », disait-il.

Pour le Philosophe Inconnu, l’Eglise catholique n’est que le premier degré de l’initiation.

 

IX – Message d’espoir :

 il existe encore de vrais prophètes qui peuvent conduire les hommes à leur  « régénération ».

Les conditions :

-          être véridiques,

-          vérifiés,

-          et dans la justice.

Le combat est contre soi : c’est « une vérité neuve » dit-il, quede commencer par se reprocher ce que l’on reproche aux autres et les confesser; de plus, nos actes génèrent des réactions en chaîne dans notre vie.

Moïse et Elie reviendront promulguer la première et la deuxième loi.

L’éveil doit se faire chez les hommes de désir.

L’homme réparateur a porté le titre humiliant d’ Ecce homo ; il incarne l’histoire universelle  de l’homme fait à sa ressemblance. Le livre se termine sur une phrase qui nous ramène à  l’axiome du début :

 « Ecce Homo, voilà l'homme, voilà l’image et la ressemblance de notre Dieu, voilà  le signe et le témoin du principe éternel des êtres, voilà la manifestation vivante de l'universel axiome. » La boucle est bouclée !

« L’initiation fait passer du Christ souffrant au Christ glorieux », nous dit Louis-Claude de Saint- Martin.

Ainsi, le réparateur va lutter contre l’égrégore mondial de résignation.

 

Car l’homme a mauvaise conscience : il n’aime pas devoir !

Or, il s’agit de donner pour recevoir, selon la formule latine : DO UT ES.                                                 

"Le bonheur est une idée neuve en Europe", s'exclame Danton!                                                

                                                     CONCLUSION :

 

                  Les structures anthropologiques de l’imaginaire sont par delà le temps et l’espace.

Ecoutons ce que nous en dit Mircea Eliade :

 

« Nous avons vu que dans certaines techniques tantriques, on poursuit l’ « unification » de la lune et du soleil, c'est-à-dire le dépassement de la polarité, la réintégration dans l’unité primordiale. Ce mythe de la réintégration - qui, dans le fond, exprime la soif d’abolition des dualismes, de l’éternel retour et des existences fragmentaires - se retrouve presque partout, avec une infinité de variantes, dans l’histoire des religions ».

 

Nous songeons alors à ce poème de Rimbaud qui est une invitation à nous affranchir de la corporéité, de la multiplicité des moi et de la temporalité :

 

«  Elle est retrouvée

Quoi ?- L’éternité.

C’est la mer allée

Avec le soleil ».

 

                  Ce courant est encore bien vivant : lorsque l’ Episcope de l’Eglise gnostique ou orthodoxe ou bien le prêtre de l’Eglise catholique portent le calice devant eux (le graal) et le joignent à l’hostie, ne réalisent-ils pas le mariage alchimique du soufre et du mercure, de l’or et de l’argent, du Soleil et de la lune, symbolisé dans l’Ancienne  Egypte par la barque d’Isis, semblable au croissant de lune, portant le disque solaire de Râ ?  Nous avons-là, comme le souligne l’Egyptologue Grégoire Kolpaktchy, l’image du « rachat du vieil Adam » car la séparation des luminaires, qui correspondait à la chute, est enfin réparée !

 

                  Cette survivance témoigne d’une filiation gnostique ininterrompue et prestigieuse…qui véhicule " le plus pur esprit du christianisme " véhiculé par le courant essénien, les Frères d’ Orient, l' Ecole d'Alexandrie, l'Eglise johannique d'Ephèse, l’Eglise celte, le manichéisme dont procède le catharisme, la gnose  Templière des manteaux blancs, (la branche "blanche" de l’Ordre Teutonique  du sud de l’Allemagne), la Rose-Croix, les Massenies du St Graal et le courant  rectifié inspiré de Jacob Böhme et de Martinez de Pasqually. Ne devrait-on pas plutôt parler d'un double courant : celte et égyptien qui va fusionner au moment où Saint - Malachie, Primat d'Irlande, meurt dans les bras de Saint Bernard ?

 

                  Ce courant ne conduit-il pas à une déification de l’ Homme et à l’idée que Dieu est en nous ? Ainsi,  Feuerbach nous rappelle : « le seul dieu de l’homme est l’homme lui-même » :

« Homo Homini Deus ».

Mais la lucidité d’Albert Camus s’oppose à cette déification de l’homme lorsqu’il nousdit :

 

« Apprendre à vivre et à mourir et, pour être homme, refuser d’être dieu ». 

 

                  Cependant, l’homme a besoin de transcendance. Le mythe d’une société de consommation qui donne tout au bébé repu que nous sommes, est tenace. L’homo-consumens sommeille dans l’homo-sapiens qui n’arrive pas à différer sa satisfaction. N’est-il pas «l’homme du torrent ?»

                  Ainsi, « l’homme de désir » est en marche vers sa glorieuse destination : celle d’une réintégration dans l'Unité primordiale, dont le médiateur va prendre des noms différents selon les religions : Homme Transcendant du Taoïsme ou Homme Universel du soufisme mais aussi Adam Kadmon de la Kabbale; autant d'expressions du « Plus qu’Etre » qui correspondent à mon sens au Christ ésotérique (Yeshouah), au G.:A.:D.:L.:U.: ou au G.:A.:D.:M.:; mais aussi à l' Humanité présente et passée dans son ensemble qui demeure en nous. Cette glorieuse destination n’est-elle pas celle de la réintégration du moi dans le Soi éternel, (ce que d'autres appellent l'immortalité de l'âme), grâce à une mutation ontologique,  celle d’une  alchimie spirituelle qui commence par un grand cataclysme intérieur afin d’ « océaniser sa goutte d’eau », selon la très belle expression de Saint-Pol Roux. Notre Frère Abd El-Kader, éminent soufi, ne dit pas autre chose quand, dans le Livre des Haltes,  il nous confie :

 

« Dieu m’a ravi à mon « moi » illusoire et m’a rapproché de mon « Moi » réel ».

 

L’image d’une échelle des degrés d’amour s’impose à nous « pour monter à Dieu », selon l’expression de Lamartine qui ajoute dans l’Hymne du matin :

 

« Montez, volez à Dieu ! Plus haut, plus haut encore ! »

 

On songe alors à cette phrase de Henri Suso: "peu importe que Jésus ait existé ou pas pourvu qu'il s'incarne en moi », car, dira Saint-Martin : « tout homme est un Christ ».

Nous pourrons dire alors avec le docteur Allendy:

"Le mobile de la réintégration en l'Unité sera précisément l'oeuvre d'amour et l'acte purement désintéressé de la rédemption ", mais il faudrait ajouter : à condition  que l'humanité toute entière soit délivrée par la réinstauration en chacun de nous d'un état de béatitude qui conduit à une bienfaisance oblative car «  il ne suffit pas de faire le bien, encore faut-il le bien faire » ! D'où le renoncement de l'initié à son propre salut ! De là sa charité et sa miséricorde. Bref ! Il s'agit de renaître dans un état glorieux symbolisé par la rose aux pétales flamboyants. Le 5 n'est-il pas le nombre de la chute mais aussi celui de la volonté de se re-pente- ir et de se réintégrer, celle de « redevenir » Dieu à condition d’imploser en Lui, de mourir  en Lui !

 « Tu ne pourras voir ma Face, car l’homme ne peut me voir et vivre », (Ex.33, 20).

 Or, devenir,  c’est se retourner, être bouleversé (katastrophê)  par un cataclysme intérieur !

 

Bref ! Ce que véhicule le pur esprit du Christianisme tient en peu de mots :

 

Au commencement sera le Verbe car  rien n'est jamais perdu si l'on se donne totalement.

 

par Jonathan

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