L´Homme de Désir

                                   L´HOMME de DÉSIR


                         (De Louis Claude de Saint martin)

                                    Travaill de synthèse

            

INTRODUCTION

Louis-Claude de Saint Martin écrivit l'Homme de Désir sur les encouragements du philosophe religieux Thieman lors de ses voyages à Strasbourg et à Londres.

Mais que voulait dire Louis-Claude de Saint Martin par cette expression ? Pour celui-ci, le Désir est le propre de l'homme, tout à la fois signe de sa misère et de sa grandeur. C'est le sentiment douloureux de ce qui sépare l'existence de l'Essence et la nécessité pour lui de les réunir. C'est l'aspiration de l'Homme déchu vers le retour à sa condition première dans le Monde Divin.

L’Homme de Désir se compose de 301 parties se répondant et se recoupant les unes les autres, comme le chant d'un psalmiste, chant de l'âme humaine aspirant à son premier état, et empruntant pour ce faire, la voie de l'Esprit par la grâce de la Bonté divine. L'Homme de Désir sait aussi qu'il dépend du Ciel et que seule la prière élevée vers celui-ci est, telle l'échelle de Jacob, le plus sûr moyen pour s'élever vers Lui.

COMMENTAIRES DE QUELQUES EXTRAITS

Extrait 72

« 72. Pourquoi l’homme ici-bas est-il rempli d’espérance ? C’est qu’il vit dans les liens de l’amour. Aussi tout serait doux dans la vie de l’homme, sans les moyens forcés qu’il emploie sans cesse pour arriver au bonheur. Mais quand les liens de la vie terrestre viennent à se rompre, les liens de l’amour se suspendent pour lui laisser subir une plus grande épreuve. Liens de l’amour, si vous vous rompez alors, ceux de l’espérance se rompent donc aussi ; car l’espérance est fille de l’amour. Un homme navigue tranquillement sur un fleuve, sa nacelle se brise, et il est précipité dans les eaux ; la sécurité dont il jouissait, l’abandonne. Au milieu de la frayeur il descend jusqu' à ce que, rencontrant le fond de l’eau, il soit reporté, par le choc, à la surface. Voilà l’effet de la rupture de nos liens terrestres ; voilà comme on nous ravit l’espérance.

 

Savons-nous quelle est la hauteur des eaux ? Savons-nous si, en y descendant, nous n’y rencontrerons pas des ronces qui nous déchirent, des rochers qui nous brisent, ou des poissons carnaciers qui nous dévorent. Malheur à ceux qui tombent dans des eaux sans fond, ou si profondes qu’ils ne puissent revenir à la surface, qu’après avoir totalement perdu la vie ! Mais quand ce navigateur est remonté vivant à la surface, l’espérance renaît en lui et il déploie ses forces pour atteindre la rive. Homme, agrandis ton âme, et les eaux ne te submergeront pas ; du milieu du torrent, tu pourras boire dans la voie. Tes yeux verront l’amour de ton Dieu, te tendant les bras sur les bords du fleuve ; tu oublieras toutes les époques de douleur et de mensonge, et tu n’auras plus de mémoire que pour la vertu et pour la vérité. Dieu et son éternité, ne sont-ils pas comme un gouffre, où tous les êtres vont s’engloutir, et perdre le souvenir de leurs actions illusoires et temporelles ? C’est ainsi que nous voyons tous les êtres corporels descendre dans le corps général terrestre, et y perdre l’apparence de leur forme grossière ».

Pour l'auteur l'espérance est issue de l'amour, mais ces qualités trop limités au monde de la manifestation risquent de se briser à la fin de notre vie terrestre. D'ou le travail que l'homme doit faire de son vivant pour étendre son amour et son espérance à l'amour de Dieu. Cette naissance à l'amour divin infini, le fera accéder à la conscience de la vérité et de la vertu qui seules appartiennent à l'éternité. Nous sommes les reflets de l'amour de notre Dieu ; et cet Amour seul peut effacer de notre mémoire toutes les douleurs et tous les mensonges de monde manifesté. C'est la seule façon pour nos corps d'être spirituels en devenir de perdre leur forme de matière.

.Extrait 121

« C’est sur les nues en fusions que l’arc-en-ciel frappe et se dessine ; et c’est par-là que les vertus solaires nous deviennent sensibles. Sages de la terre, c’est sur vos œuvres que l’esprit frappe et se réfléchit. C’est par vous qu’il nous rend sensibles ses vertus. Tout récipient est destiné à réfléchir les actions de son ordre. Universel réparateur, si tu n’eusses pas versé ici-bas tes dons salutaires, jamais les lumières et les faveurs suprêmes n’auraient eu de reflet pour nous. Jamais nous n’aurions connu les couleurs du véritable arc-en-ciel. Jamais nous n’aurions connu ce que c’étaient que les sacrifices. Nous tenons tous ces dons de celui à qui l’esprit n’a pas été donné par mesure ; de cet être dont les faveurs nous élèvent si fort au dessus de notre nature, que nous ne trouvons plus de langues pour les exprimer, ni d’oreilles qui puissent nous entendre. Homme, le sentiment de tes besoins spirituels t’amène l’espérance et le désir, qui est une foi commençante, le sentiment de l’esprit et de la vraie nature, t’amène la foi, qui est une espérance complète ; le sentiment du Dieu homme et réparateur, t’amène l’amour et la charité, qui sont l’action vivante et visible de l’espérance et de la foi. »

Ce passage exprime l'analogie entre les vertus divines de l'esprit, vertus solaires et les éléments de la manifestation avec les nues, les couleurs de l'arc en ciel. C'est ainsi que l'Universel réparateur nous dispense les lumières de l'espérance complète, le Désir de la vie divine. Là, né le germe de notre foi et la prise de conscience de notre nature profonde nous  faisant accéder à une vie  plus haute. Cette action spirituelle trouve sa réalisation dans l'amour et la charité.

Extrait 123

« Oui, le culte intérieur est sensible, il l'est sûrement plus que le culte extérieur ; mais il l’est d’une autre manière. Le culte matériel est pour les sens de la forme, le culte spirituel pour les sens de l’âme ; le culte divin et intérieur est pour la vie intime de notre être. C’est ainsi que depuis l’enfance jusqu' à la haute sagesse des êtres célestes, nous pouvons nous élever de sanctuaires en sanctuaires, avec la certitude que plus ces sanctuaires deviennent sublimes et invisibles, plus ils sont actifs et sensibles dans l’ordre de notre vraie sensibilité. Ce n’est donc point une parole vaine, celle qui nous apprend que nous sommes les temples de l’esprit saint. Aurions-nous des joies si pures et si consolantes, si elles ne nous venaient d’une région vraie, d’une région où la vie n’est point fragile ? Un seul coup d’œil sur l’homme nous apprend que nous sommes les extraits de Dieu. Un second coup d’œil nous apprend que nous sommes comme les jours et les ouvertures de son temple puisqu' il se manifeste par nous. Les nombres spirituels nous apprennent que nous sommes sa puissance essentielle. Ne nous donnons point de relâche que ce temple antique ne soit reconstruit en nous, et que nous n’y voyions renaître les quatre dénaires, ou cette fleur vivifiante dont la pâque était la tige, et dont toutes les opérations antérieures étaient la racine. Ne nous donnons point de relâche que nous n’ayons été baptisés dans l’esprit, et qu’en l’envoyant sur nous, le père de la vie ne nous ait déclarés ses bien-aimés ».

Pour Louis Claude de Saint Martin, l'homme est issu de Dieu, nous sommes son Temple ; en nous Dieu s'incarne dans toute sa Puissance. Mais nous l'avons oublié, c'est pourquoi nous devons persévérer dans la reconstruction de notre temple intérieur jusqu'à ce que l'on soit baptisés par  l'Esprit divin. Au-delà du culte matériel, expression de la forme de l'être, nous devons ressentir et exprimer dans notre temple intérieur et jusqu'au tréfonds de notre âme, la puissance éternelle que nous retrouvons dans les Nombres, principes et fonctions divines.

Extrait 135

« Tout homme doit traverser une fois la grande solitude, pour y développer son industrie, son courage et sa patience. C’est là que le vrai devient son attrait, comme il est le principe et le seul aliment de notre être. Il est la mine inépuisable pour ceux qui le cherchent dans l’humilité de l’esprit et dans la méditation de ses lois. Il est le soutien des bases temporelles, la vie essentielle des bases distinctes du temps, et la mort des bases décomposées ; parce que son nombre universel ne peut cesser d’être en rapport avec tous les nombres. Isole-toi dans toi-même, si tu veux sentir tes pouvoirs immenses et la grandeur de ton origine, et si tu veux fertiliser ton désert. Faisons ce pacte, ô Dieu de paix, que tous mes mouvements viennent de toi ; faisons ce pacte, les ministres en porteront la nouvelle aux nations, et notre alliance sera célébrée dans toute la terre. Est-ce que nous devions avoir des souffrances d’expiation ? Nous ne devions avoir que des souffrances de sacrifices ; parce que la charité seule doit animer tous les êtres, et qu’ils ne dévoient avoir d’autre emploi que de travailler au rétablissement de l’alliance. Jérusalem, ton temple embrasse tous les royaumes de l’univers, ton arche sainte est dans le cœur de l’homme. La gloire de son Dieu s’y est réservé un sanctuaire. Tout ce qui existe lui sert de lévite, et l’homme comme un zélé sacrificateur, doit rassembler sans relâche les nations autour de l’autel des holocaustes. »

Pour l'auteur, seule la solitude permet à l'homme de trouver son maitre intérieur, son étincelle émanée du Divin. L'homme doit se retirer en lui-même, son cœur est le véritable tabernacle, l'arche sainte, lieu de l'alliance avec Dieu. Là est le sens du sacrifice, où l'homme doit renoncer aux illusions de la manifestation, et dans le silence de son esprit, peut espérer trouver la source de son-âme vive, parcelle de la grande âme cosmique. Là il est, dans l'humilité et dans la méditation au-delà de la souffrance de toute dualité. Là est la seule et la plus grande de ses missions, être le lien entre le Ciel et la terre.

Extrait 191

«  Homme, les animaux même n’ont point de doute sur leur être et sur leur loi. Chacun d’eux défend son existence et son caractère individuel, jusqu' à son entière destruction, parce qu’il est plein de l’action qui lui est propre. Et toi tu as, comme eux, une action vive, par où tu pourrais, à leur exemple, défendre la réalité de ton être ; tu as de plus trois témoins en ton pouvoir, pour étayer le sentiment de ton existence, quand ton action militante est en repos : les nombres, qui sont le témoin intellectuel ; la musique, qui est le témoin sensible ; et la géométrie, qui est le témoin matériel. La géométrie te peut servir à tout rectifier ; les nombres à tout justifier, et la musique à tout vivifier. Tous ces moyens sont refusés à la bête, dont toutes les preuves se bornent à l’action physique corporelle ; et cependant elle est plus inébranlable et plus juste que toi dans sa loi. C’est qu’elle n’a pas, comme toi, transposé sa puissance ; c’est que les dominations terrestres ne la captivent pas, comme toi, dans les fausses apparences ; c’est que l’ennemi a ce moyen-là de moins d’exercer sur elle son empire. Mais aussi tu as au dessus d’elle le moyen de t’opposer à cet empire de l’ennemi, et d’en anéantir la puissance ».

Je pense que l'auteur, dans ce passage, a voulu exprimer toute la différence qu'il y a entre les animaux et l'Homme. Alors que les animaux n'ont d’autres moyens que de vivre dans la vie physique qu'il leur a été donné d'exprimer, les soustrayant aux dangers de la conscience et du libre arbitre, ils sont toutefois soumis aux lois de la Nature, sans pouvoir sans écarter. Il y a en cela l'expression d'un déterministe Divin à travers les espèces animales les plaçant dans un ordre immuable. Alors que  l'Homme, image du Divin, a été investi de trois puissances par lesquelles il peut exprimer sa conscience et son libre arbitre : soit les nombres par son intellect, la musique expression de son esprit créatif et de sa sensibilité et la géométrie son pouvoir d'action et de mise en œuvre de sa volonté. Ces dons divins lui permettent ainsi de dominer et vaincre les Ténèbres.

Extrait 206

«  Nos vêtements semblent avoir une forme, quand ils sont sur nous ; mais ce sont nos membres qui la leur donnent : que le principe qui porte la vie à la matière, soit retiré, et elle va rentrer dans le néant et dans la mort. Esprit de l’homme, apprends ici à te connaître. Tu ne peux mourir dans ton essence, parce qu’elle est coéternelle avec la source de toutes les essences. Mais tu peux mourir dans tes facultés, si tu laisses séparer d’elles l’action divine, qui doit les animer et les vivifier. Dans Dieu même c’est l’amour qui donne la forme à la science. C’est l’amour qui a produit la science, et ce n’est point la science qui a produit l’amour. C' est pourquoi nos pensées seules ne peuvent exister sans image, tandis que notre cœur ou notre amour n’en ont pas besoin, et ne s’en forment aucune ; parce qu’ils ont pour nourriture l’unité même, et que l’unité divine est sans image. Aussi nul homme n’a jamais vu Dieu. Ouvre l’intelligence de ton cœur. Si Dieu retire son amour, il n’y a plus de science pour l’homme, parce que c’est son amour qui a produit la science, et que ce n’est pas la science qui a produit l’amour. Promène tes regards dans toutes les régions pures, et sois sûr, que partout où tu trouveras de la science vraie, il y a de l’amour ; parce que c’est l’amour qui a produit la science, et que ce n’est pas la science qui a produit l’amour. Ainsi les ténèbres et l’abyme sont sans science, puisqu' ils sont sans amour ; parce que c’est l’amour qui a produit la science, et que ce n’est pas la science qui a produit l’amour. La force se joint à la force. Ne parle pas de la doctrine intérieure, si tu n’as pas pénétré dans son sanctuaire ; il est impossible d’en bien parler de mémoire, parce que c’est l’amour qui a produit la science, et que ce n’est pas la science qui a produit l’amour. 

L'auteur compare notre corps, réceptacle de notre esprit, de notre essence à nos vêtements qui couvrent notre corps. Celui ci n'a pas plus de vie en lui-même, que nos vêtements. Sans l'étincelle divine, coéternelle avec la source de toute vie, nos corps ne sont que des vêtements dont nous nous séparons quand ils deviennent inutiles. Nous sommes dans le cœur de Dieu, comme Dieu est en nous et en toutes choses. Dieu est amour mais aussi toute science et connaissance. Mais la source de tout c'est l'amour divin. C'est ainsi que l'homme peut reconnaître les Ténèbres, car ils sont sans science puisque dénués d'amour.

 

Conclusion

A travers ce livre, Louis Claude de Saint Martin, nous décrit tous les états que l'âme humaine, tous les efforts et prise de conscience, que l'Homme doit vivre, pour être sur la voie spirituelle. Et ce travail est une œuvre à la fois sur lui-même, dans la solitude, la méditation et surtout par la prière, action de grâce de son cœur dans l'amour de Dieu, mais aussi une communion avec tous les êtres de Désir. Par sa Doctrine, l'auteur nous dit que l'homme doit s'élever à la Connaissance et à la Loi pour créer en toute liberté des valeurs morales et individuelles. Notre devoir n’est-il pas d'aimer ce que l'on s'ordonne à nous-mêmes ?

Comme l'a écrit Adriana Evangelizt :

               

                « Il faut avoir beaucoup erré dans l'ombre pour toucher la Lumière ».

Par Esclarmonde

 

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